L’économie du romantisme

L’économie du romantisme est basée sur la culpabilité. Derrière cette affirmation un peu curieuse, voire péremptoire, réside cependant une conspiration pathétique. Oui, une conspiration. Alors laissez-tomber les hommes encapuchonnés de noir, les serments de sang et autres rituels obscurs ou encore les grandes salles enfumées où de gras et gris financiers se partageraient le monde à grand coup d’entraide commerciale illicite. C’est une machination simple basée sur la culpabilité collective et la cupidité – pardon, l’esprit d’entreprise – individualiste. Alors reprenons, qu’est-ce que le romantisme ? Non, pas le mouvement culturel mais le comportement, ou plutôt l’injonction sociale. Selon l’article du site delamour.fr voici leur définition :

« Au 20e siècle, le romantisme n’est plus seulement un sentiment : ce sont des moments passés à deux, marqués par des activités de consommation et de divertissement […] Être romantique, c’est désormais être le bon client de toute l’industrie de la consommation, du divertissement et du tourisme, qui fournit des objets et des expériences « romantiques ». »

Ça c’est pour le comment, mais intéressons-nous au pourquoi. Pourquoi être romantique ? Car après tout, être romantique est en parfaite opposition avec les injonctions sociales masculines : être fort, ambitieux, compétitif, rationnel. Tout ce programme laisse peu de place à l’expression exacerbée de ses sentiments et émotions. Pourtant il convient, périodiquement, de lâcher la bride à son transport et laisser galoper le cheval fougueux de sa passion. Mais pourquoi ? Parce qu’être romantique nous ouvre un éventail d’opportunité dont celui de nous ouvrir aux bonnes grâces de l’être désiré, mais surtout, les efforts entrepris nous disculpent de toutes mauvaises pensées ou actions : fleurs, restaurants, bijoux, voyages ne sont que coûteux mensonges et pharaoniques excuses. Et tout cela parce que nous nous sentons coupables. Coupables de passer trop de temps au boulot, coupables de ne pas faire notre part à la maison, coupables de mater la fille de la compta ou le stagiaire, d’avoir couché avec ta sœur ou le jardinier, ou les deux. Alors, on offre de romantiques indulgences, on revêt pour un soir son costume de prince charmant en carton et on participe à la grande messe mercantile du romantisme coupable.